Des pilules progestatives sans ordonnance en France ?

Depuis mardi 18 avril 2017, un collectif de professionnels de santé composé de pharmaciens et du planning familial et appuyé par des médecins, aides-soignantes, féministes et journalistes a lancé l’initiative “ Libérez ma pilule”. Le collectif a publié une lettre ouverte et une pétition adressée aux laboratoires pharmaceutiques pour leur demander de déposer un dossier d’autorisation d’une pilule progestative sans ordonnance.

Nous avons demandé au Dr Benjamin Viaris de Lesegno, Gynécologue Obstétricien, de nous apporter son éclairage sur ce sujet dans cette interview.

Interview réalisée le 24/04/2017*

Nous avons ensuite cherché à en savoir plus sur l'origine du débat et son statut actuel.

Pourquoi une pilule sans ordonnance ?

L’objectif est simple : permettre aux femmes d’avoir accès à leur pilule directement dans les pharmacies sans devoir recourir à un rendez-vous chez le médecin traitant ou gynécologue. Il n’est pas rare que des femmes prennent des risques ou vivent une grossesse non désirée parce qu’elles ont perdu leur ordonnance, n’ont pas eu le temps de prendre rendez-vous chez le médecin, sont en rupture de stock de pilule… Cela donnerait une plus grande autonomie aux femmes. De plus, certaines jeunes filles pour des raisons familiales, culturelles ou financières ont du mal à se rendre chez le médecin pour obtenir la pilule. Cela permettrait de réduire le nombre de grossesses non-désirées. Cela faciliterait l’accès à la contraception également pour les femmes vivant dans des déserts médicaux ou qui ont du mal à obtenir des rendez-vous chez les gynécologues car les délais s’allongent.
L’initiative existe déjà certains pays. Il vaut mieux proposer une délivrance simple de contraception (qui reste tout de même encadrée puisque le pharmacien pose des questions) que pas de ne pas proposer de contraception du tout.

Quelles pilules sont concernées ?

Seules les pilules progestatives seraient concernées. Contrairement aux pilules de 3ème et 4ème génération qui sont composées d'oestrogène et de progestérone et requièrent un suivi médical particulier lié à des risques thromboemboliques ou artériels, les pilules progestatives présentent des effets secondaires limités et peu de risques pour la santé. "Elles n'ont pas le même risque thrombotique que peuvent avoir les contraceptions combinées" comme le rappelle le Dr Viaris de Lesegno. Dans sa lettre, le collectif fait une référence au Collège américain des gynécologues obstétriciens qui rappelle que la délivrance d’une pilule contraceptive ne nécessite pas de dépistage du cancer du col de l’utérus ou du sein ou de dépistage d’une IST. Ces examens ne sont pas liés à la prescription de la pilule et doivent être menés en parallèle.

Concrètement, comment obtenir cette pilule sans ordonnance ?

Comme l’indique le collectif dans sa lettre ouverte et dans sa pétition, le Collège américain des gynécologues obstétriciens recommande l’autorisation d’une pilule sans ordonnance depuis 2012. Selon lui, les femmes sont “capables d'évaluer si l'utilisation de la pilule contraceptive est possible en répondant à un questionnaire avec l’aide d’un pharmacien”. En effet, faciliter l’accès à la pilule a montré une forte adhésion à cette contraception, les femmes ont utilisé ce médicament sans prescription correctement et le risque d’utilisation de la pilule malgré une contre-indication était identique que la pilule soit avec ou sans ordonnance.
Il n’est pas nécessaire de faire un examen intrusif pour délivrer la pilule, des questions pour vérifier s’il y a des contre-indications (cancer du sein chez la patiente ou dans la famille, si elle fume, hépatite…) suffisent.
Le collectif demande donc que les femmes puissent répondre à un questionnaire pré-établi chez leur pharmacien. Le pharmacien pourrait suite à ce questionnaire déterminer si la patiente présente un risque ou non.

Quels sont les risques ?

Il y a cependant des précautions à prendre. La délivrance de la contraception en pharmacie ne doit pas empêcher les consultations de suivi chez le gynécologue. De plus, il faut différencier la patiente qui vient pour renouveler sa prescription, de la jeune fille qui veut prendre la pilule pour la première fois. Les pharmaciens devront donc être formés pour répondre à toutes les demandes et apporter leur aide aux patientes qui en auront besoin. Les jeunes patientes peuvent en effet avoir besoin d’un accompagnement plus important et d’une prévention sur les infections sexuellement transmissibles qu’elles auraient lors d’un rendez-vous chez leur médecin généraliste.

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Aujourd’hui on peut délivrer la pilule sans ordonnance dans de nombreux pays. Cependant, en Europe, il n'y a pas d'avancée concernant un accès facilité à la contraception. Pourtant, il existe tout de même déjà des initiatives. L'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a créé un questionnaire destiné aux prescripteur de la pilule pour les aider dans la prescription de la contraception. Ce questionnaire, ressemblant à celui développé par le Collège américain des Gynécologues-Obstétriciens, pourrait donc être adapté à la délivrance d'une pilule sans ordonnance.
Avec cette lettre, le collectif demande aux laboratoires pharmaceutiques de s'engager à déposer auprès de l’ANSM ou de l’Agence Européenne (EMA) un dossier d'autorisation pour une pilule progestative sans ordonnance avant le 8 mars 2018, Journée internationale des femmes.

Mise à jour du 5/05/17
La Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM) a fait savoir être opposée à l’idée d’une pilule contraceptive sans ordonnance en pharmacie.
Pour la FNCGM, le choix d’une pilule, qu’elle soit progestative ou combinée, ne peut se faire en quelques minutes au comptoir d’une pharmacie car il est indispensable que les femmes puissent poser toutes les questions qu’elles souhaitent, que ce soit au sujet des effets indésirables ou de la sexualité.

En attendant, et comme le rappelle le Dr Viaris de Lesegno dans l'interview ci-dessus, si on n'ose pas parler contraception avec son médecin, "il existe d'autres moyens de contraception, le préservatif est la première forme de contraception dans le monde". On peut également parler contraception avec sa sage-femme, un autre médecin que son médecin traitant, ou au planning familial.

Consultation médicale contraception et délivrance d'ordonnance pilule, patch ou anneau sur Zava, par nos médecins habilités

Article publié le 21/04/2017
Article revu par le Dr Michel Wenger le 21/04/2017
Dernière mise à jour le 09/05/2017

*Déclaration d'intérêts :**
Interview du Dr Benjamin Viaris de Lesegno non rémunérée réalisée le 24/04/2017.
Le Dr Benjamin Viaris de Lesegno n'est pas employé par Zava mais a contribué de manière rémunérée à l'élaboration des guidelines médicales et à la conception de certains services pour Zava. Le Dr Viaris de Lesegno déclare ne pas entretenir de lien spéficique avec l'industrie pharmaceutique. Il ne fait pas partie du collectif "Libérez ma pilule".

Sources :
http://liberezmapilule.com/
https://www.change.org/p/pour-une-pilule-contraceptive-sans-ordonnance
http://ocsotc.org/wp-content/uploads/worldmap/worldmap.html